Extrait page 79 :

« Est-ce que le destin d’une pierre mal taillée, fissurée est plus intéressant que celui d’une pierre parfaitement polie ?
Plus on me limite dans mes actes, plus je deviens secrètement fou, plus je suis parano, plus le monde me dégoûte, plus je suis misanthrope.
En réalité, ça a toujours été toute ma personnalité. Je deviens méfiant envers Li Na, dès que je me rapproche d’elle, les choses tournent mal. Je ne la connais que depuis deux mois et me voilà déjà embarqué dans une aventure sans temps. C’est comme si je ne vivais plus, puisque je ne suis plus compris dans un espace-temps linéaire. Et si j’ai le malheur d’espérer un avenir avec Li Na, on me renvoie là d’où je viens, c’est-à-dire le vendredi 13 mars à trois heure du matin.
J’ai l’étrange conviction que tout ce qui m’arrive est causé par cette femme, si sûre d’elle et parfois mystérieuse. Son image me hante, je ferme les yeux et je la vois. Dans les moments de faiblesse, c’est à elle que je pense.
Pourquoi ?
Une nouvelle idée me ronge ! Li Na, An Il, Ange Illusoire.
J’en fais mon Ange, et en réalité elle est mon Démon, son nom la trahit !
Non ! Je suis Faust ! Je lui ai donné mon âme ! Je vis donc dans le désir, mais je salis mon âme…
Si la quête du bonheur ne peut pas me sauver, alors je décide de me révolter en profanant la Terre entière.
Le vol m’a plu. J’ai savouré ce moment où je suis entré dans la bijouterie, où j’ai pu lire sur le visage des simples Humains la terreur, la surprise, j’ai exulté lorsque j’ai senti la bague entre mes doigts. Le crime est un étrange désir, on se réjouit à faire le mal.
Qu’est-ce qui nous pousse à en arriver là ? À descendre si bas dans l’échelle de la conscience ? À ressentir du plaisir en voyant le malheur s’abattre sur les autres ?
Quoi qu’il en soit, j’assouvis mes désirs.
Je braque des épiceries, les clients sont épouvantés ! J’aime les voir si faibles, je prends sur eux une revanche qui me donne de nouvelles forces. Bien évidemment, je ne m’arrête pas là, je poursuis mon œuvre. Je m’attaque à plus gros ; une banque.
Je n’avais pas imaginé que ces foutues banques pouvaient être si bien sécurisées. J’entre, je montre mon arme et hurle à tout le monde de bien rester calme pendant qu’un petit homme gringalet me file le fric. Dans le feu de l’action, je n’avais même pas remarqué que l’alarme avait été donnée auprès des flics. Ces cons débarquent avant même que mon sac ne soit plein de billets.
Ils veulent négocier, m’envoient un correspondant et me demandent de sortir bien sagement. J’en ai rien à cirer de leurs négociations, je suis venu pour le fric, pourquoi me disent-ils que tout va bien se passer si je sors ? Je le sais ça !
Je fais fuir le correspondant en tirant une balle à dix centimètres de son pied et exige immédiatement un hélicoptère piloté par une seule personne. Dans mon ancienne vie, j’ai dû passer pas mal de temps devant la télé car pour bien dramatiser la situation, je saisis une cliente par le col de son chemisier et l’entraîne vers l’entrée de la banque. J’enfonce le canon de mon arme dans sa bouche et annonce d’une voix plus dure que je ne pouvais l’imaginer, que si je n’ai pas ce que je veux dans une demi-heure, je bute la femme.
Bien que je ne me croyais pas si brute, je dois avouer qu’au fond de moi je sens mes intestins se geler. Le flingue dans ma main me donne une sensation de puissance, mais je ne peux m’empêcher de trembler. Je me déteste, moi qui pensais être débarrassé de ce genre de peur tellement Humaine…
La cliente que je retiens en otage, une jeune femme à la crinière brune, me dévisage comme son bourreau. Je lis dans ses yeux une sorte de défaitisme, elle se voit déjà morte…
Je ne sais pas ce qui me pousse à me rapprocher d’elle pour lui redonner confiance. Je suis son exécuteur, et pourtant, je suis le seul à la soutenir. Je lui souffle dans le creux de l’oreille que je ne lui ferai aucun mal, que mon but n’est pas de tuer des innocents mais de punir le genre Humain de sa faiblesse. Je termine en lui conseillant de ne pas croire que tout à une fin, c’est une vision trop défaitiste. Les rêves, eux, sont éternels ! D’après l’étonnement qui s’affiche sur son visage, elle ne voit pas bien où je veux en venir.
J’avais oublié que j’étais fou, je suis non-compréhensible. Moi-même, je ne saisis pas bien ce que je lui ai confié. Je crois qu’elle me voit comme ces tarés qu’on voit au cinéma et qui disent un peu n’importe d’une voix douce avant de torturer toute une famille.
Encore une fois, cette journée s’achève brutalement. Je me prends une balle d’un tireur d’élite sûrement placé sur un toit, je tombe raide. Avant de mourir, mes yeux croisent ceux de la femme brune, elle est rassurée… »

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