Extrait du chapitre 22 :

Plus tard dans la soirée, les invités commencèrent à ranger leurs affaires et l’intensité de la musique faiblissait doucement. Des groupes d’amis se quittèrent après de longues accolades, ils n’avaient pas assisté à une telle fête depuis quelques années. La dernière fois que Stéphan s’était pris à danser avec autant de passion, il ne devait avoir pas plus de dix ans. Des garçons, impressionnés par ses capacités physiques, lui réclamèrent quelques démonstrations. Comme ils étaient insistants, Stéphan rétorqua qu’il pouvait leur montrer autre chose. Il dégagea la piste de danse puis effectua un saut périlleux arrière sous le regard admiratif de ses amis. Il n’avait jamais été du genre à se montrer en spectacle, et il ne savait pas si c’était les effets du hasch, mais il apprécia ce moment. Dans une salve d’applaudissements, les fêtards lui en demandèrent davantage. Le jeune homme fut sauvé par Lisa qui vint l’interrompre pour lui demander de la raccompagner. L’heure passa sans qu’ils n’y prêtent attention. Quand Stéphan enfila sa veste, Antoine le remercia d’être venu, sa présence lui avait fait grandement plaisir. Il finit par lui glisser quelques mots à l’oreille, Stéphan sourit en lui répondant qu’il n’avait pas de souci à se faire. Sur le point du départ, son regard croisa celui de Child. Il lui adressa un signe de la main, un salut. Ce soir, ses idées étaient trop confuses pour penser à tout ça, les intentions de Child, ses amis, Eddy… Il préféra se concentrer sur le présent, sur ce qui l’attendait dans l’immédiat.

Sous les lumières qui éclairaient les rues nocturnes, sous le ciel noir parsemé d’étoiles, il regarda Lisa marchant à ses côtés. Quelque chose avait changé, il ne savait pas quoi, mais il en avait la conviction. Il était plus calme, plus heureux. Ce n’était plus de l’intimidation qu’il éprouvait face à elle, mais juste de l’admiration. Le monde n’était plus celui qu’il connaissait, les regards étaient différents.

Stéphan raconta à la fille tout ce qui lui passait par la tête, il aimait voir ses yeux briller au son de ses paroles. Ils en profitèrent pour faire un petit détour par le parc, Lisa avait promis à ses parents de rentrer avant trois heures du matin, pourtant, à cet instant-là, elle s’en moqua totalement. Ce n’était plus important. Même l’obscurité de la nuit ne remettait pas en doute son envie d’être là, avec Stéphan.

Les deux adolescents se posèrent sur un banc, il était impossible de voir à plus de deux mètres mais cela leur offrit une certaine intimité. Elle se sentait en sécurité, son quotidien de présidente des élèves lui semblait loin, presque une autre vie.

Stéphan, confiant, se rapprocha d’elle, ils se tenaient chaud l’un et l’autre. Il parla, rit, lui tint la main. Quand un silence tomba entre eux deux, ils s’échangèrent un regard. Un long regard tendre et complice. Le garçon s’approcha davantage d’elle, ses pensées s’envolèrent. Puis, sans qu’il ne s’en rende vraiment compte, il était en train de l’embrasser.

Extrait du chapitre 30 :

« Allez-y, entrez Stéphan » demanda le proviseur.

Le garçon ne connaissait que très peu les bureaux administratifs tant il ne prêtait aucune attention au personnel du lycée. Il n’avait jamais été délégué de classe, encore moins présent lors des rendez-vous parents-profs et n’était pas emballé par les clubs et autres associations du lycée. Ce n’était que depuis sa relation avec Lisa qu’il commençait à s’intéresser à tout ça, et il devait bien avouer qu’il ne comprenait pas toujours le fonctionnement de son établissement. Stéphan entra dans le bureau du proviseur. Un espace ouvert, presque snob par les rires moqueurs qu’on percevait des pièces adjacentes, des photos jaunies qui racontaient un semblant de vie heureuse. Toute l’équipe du proviseur l’attendait : son adjointe, son professeur de mathématiques, la conseillère principale d’éducation et la présidente des élèves. Il avait l’impression de repasser devant un conseil de discipline.

« Installez-vous, s’il vous plait. »

Le garçon s’exécuta. Il attendait, le regard qui se baladait entre les différents interlocuteurs.

« Vous savez pourquoi vous êtes là ? poursuivit le proviseur.

– Heu… Et bien… Je dois avouer que nan… »

Une amère sensation le traversa : celui d’être coupable avant même de savoir ce qu’il avait fait.

« Nous avons eu quelques retours, grâce notamment aux services de police, de ce qui s’est passé ce week-end.

– Ce…

– Vous voyez à quoi je fais référence ?

– De ce qui s’est passé avec Mike ?

– Oui. Je suis content que nous puissions aller directement aux faits. »

Le ton qu’employait l’homme n’était pas sans déplaire à Stéphan qui se demanda en quoi ça les regardait. Une autre question lui vint en tête : pourquoi les keufs ont prévenu le lycée ?

« Vous voulez bien nous raconter ce qui s’est exactement passé ?

– Heu… »

Il se gratta la tête d’un geste rapide comme pour mettre de l’ordre dans sa réponse.

« Pourquoi vous me posez cette question ? C’était en dehors du cadre du lycée…

– Eh bien mon cher jeune homme, vous apprendrez que nous nous devons de nous impliquer dans l’éducation de nos élèves, et que ce qui est arrivé n’est pas anodin. Vous avez déjà eu un premier conseil de discipline il y a même pas un mois, je pense que les questions, c’est à vous-même qu’il faut les poser.

– J’ai eu un conseil de discipline parce que je me suis défendu face à une agression, ça devient interdit ?

– Nous avons déjà parlé de ça et vous savez que vous avez été puni pour avoir provoqué Mike en créant une bande.

– Je n’ai rien… »

La principale-adjointe interrompit cette discussion qui n’était en rien l’ordre du jour. Le précédent conseil avait rendu son verdict, il n’était pas question de le remettre en doute. Elle insista pour revenir au sujet principal : l’altercation entre Stéphan et Mike le week-end précédent. De son côté, Lisa n’osait ouvrir la bouche. Elle savait que chacun dans la pièce avait connaissance de sa relation avec Stéphan et de sa présence lors de la fameuse soirée. Elle ne voyait pas en quoi ce qu’il avait fait était à sanctionner, cependant, tout ce qu’elle pourrait dire serait inévitablement subjectif et discrédité.

« Si j’ai quelque chose à raconter, ce sera aux flics ! répliqua Stéphan. J’ai rien fait ni au lycée ni pendant mes heures de cours. Ce que je fais le week-end vous regarde pas !

– Nous ne vous manquons pas de respect, jeune homme, il serait bien que vous en fassiez de même !

– Écoute Stéphan » fit son professeur de mathématiques d’une voix qui voulait apaiser la discussion.

Il avait toujours eu une relation spéciale avec cette femme qu’il connaissait depuis sa seconde. Étant un brillant élève, passionné et curieux, il leur était arrivé maintes fois de rester un petit quart d’heure après les cours pour discuter.

« Notre but n’est pas de te tomber dessus dès qu’il se passe quelque chose, dit-elle. Mais tu dois bien reconnaître que vos histoires avec Mike, c’est très grave !

– Y’a pas eu de morts à ce que je sache… On a fait que se défendre, qu’est-ce que j’aurais pu faire d’autre

– Venir nous en parler !

– Pendant qu’on se fait frapper ? On attend bien sagement qu’ils aient fini pour ensuite vous faire un rapport ?

– Ne vous moquez pas de nous, reprit le proviseur. Il est évident que votre professeur sous-entendait de venir nous en parler en amont. »

Le ton montait de nouveau, il n’y avait pas les mêmes intentions qui ressortaient dans leur manière de s’adresser à lui. Le jeune homme se sentait coupable, pourtant, avec toute la bonne foi qu’il y mettait, il ne savait quoi leur répondre.

« Vous en parler en amont ? Vous n’êtes pas au courant que Mike et ses potes terrorisent tout le monde peut-être ? Lisa n’a pas essayé de proposer des solutions ?

– Ne prenez pas ce ton avec nous ! Vous ne savez pas ce qui se passe derrière, nous travaillons sur le sujet !

– Quoi ? Vous avez mis votre petite boite pour qu’on vous écrive des mots ? C’est ça votre solution ? »

La conseillère principale d’éducation s’interposa pour rappeler à Stéphan les manières de s’adresser à une grande personne. Elle frappa du poing la table pour appuyer ses propos. De la pièce adjacente, quelqu’un ferma la porte de la salle. Stéphan, bien que face à cinq personnes qui représentaient l’autorité, n’hésita pas à lever les yeux au ciel.

« Et donc, qu’est-ce que je suis venu faire ici ? Qu’est-ce que vous attendez de moi ?

– Ce que nous attendons, jeune homme, c’est que vous nous donniez votre version des faits !

– Si j’ai quelque chose à raconter, ce sera aux flics ! Vous n’avez rien à voir dedans !

– Vous avez déjà était impliqué dans une bagarre au sein de l’établissement, je ne crois pas que vous puissiez décider de quoi que ce soit ! »

Stéphan se redressa vivement de sa chaise, la colère montait en lui. Sous l’agacement, il renversa le pot de stylos posé sur le bureau qui tomba aux pieds du proviseur. Lisa, dans une position très délicate, craignait de perdre son statut de présidente si elle intervenait. Pourtant, cette pensée fut bien risible face à sa passion amoureuse. Elle bondit vers lui pour l’implorer de se calmer et souffla dans son oreille qu’il fallait penser à son avenir, ne pas s’arrêter au premier obstacle. Bien vite, la jeune fille se rendit compte que l’homme emporté n’avait pas d’oreille à lui prêter.

« J’ai été impliqué dans cette bagarre à cause de vous et de votre incompétence ! Vous avez peur de vous mouiller et de vous retrouver face à un échec ! Mais l’échec, il est là, il est dans votre passivité »

Le proviseur voulut le stopper mais se fit écraser par la prestance de son interlocuteur qui prit la parole en otage.

« Et maintenant, quand on refuse de se laisser faire plus longtemps, qu’on refuse les agressions et les rackets, c’est à nous, les victimes, que vous vous en prenez ? »

Il marqua un arrêt, dévisagea chacune des personnes qui se tenait en face de lui, et termina en précisant qu’il n’avait rien fait d’autre que son devoir. Le proviseur cafouilla quelques mots. Puis, quand il réalisa qu’il venait de perdre le contrôle de la discussion et s’était écrasé dans son fauteuil, l’homme se racla la gorge et adopta un air très sûr de lui, presque vainqueur en se redressant. Il reprit la parole sur un ton moralisateur et il expliqua paternellement que lorsqu’on cédait à l’énervement, on montrait les limites de sa pensée. Lisa jura avoir perçu de l’écho tant le message du proviseur n’avait reçu aucun destinataire. Stéphan venait de claquer la porte de la salle sans demander son reste. Chacun se jeta un regard, personne n’avait pu prédire cette réaction de la part d’un élève modèle. Habituellement, ce type d’élève acceptait le sort qu’on leur réservait.

Après un bref silence, Lisa ramassa ses affaires et s’excusa avant de s’éclipser à son tour. »

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