Extrait page 228 :

« Il pénétra furtivement dans la maison et jeta un coup d’œil derrière lui. Léon s’assura de ne pas avoir été vu. Le couloir d’entrée était toujours aussi sombre que la veille et, lorsqu’il posa sa main sur le mur pour s’orienter, il sentit qu’il s’effritait doucement sous ses doigts. Quelque chose l’avait attiré ici, il ne pouvait pas l’expliquer, mais il savait qu’il devait se rendre dans cette demeure. L’atmosphère glaciale lui donnait toujours autant de frissons, cependant, sa soif de curiosité n’avait pas de fin. L’homme aux grandes lunettes brisées avança à pas prudents vers la première pièce qu’il avait découverte avec Wendy la veille. Et, lorsqu’il y parvint, il vit avec stupeur que la table plusieurs fois séculaire était brisée au sol. Elle avait résisté durant des milliers d’années en restant quasiment intacte. Et, une seule journée au contact des Occidentaux avait suffi pour devenir un tas de ruines.
Comment est-ce possible ? se demanda-t-il en scrutant le sol. C’est alors qu’il découvrit une massue près de la table et comprit aussitôt ce qui s’était passé. Quelqu’un avait volontairement effacé une trace de l’Histoire.
« Avec c-cette preuve en moins, je ne pourrai p-pas révéler au monde entier la v-venue des occidentaux ici avant la n-naissance de Jésus Christ, souffla-t-il, tout seul dans le noir. Il me r-reste cette m-maison, mais elle tombe en ruine et je ne sais pas c-combien de temps elle va résister. »
Il fouilla alors dans ses poches et en sortit un briquet. Il n’avait jamais révélé à ses compagnons qu’il était en possession d’un tel objet tout simplement parce qu’il était persuadé d’en avoir besoin un jour. Après quelques frictions une flamme apparut et sa lumière se refléta aussitôt sur les murs. Léon aperçut mieux les détails des fresques sur les parois et fut alors certain de ce qu’il avançait : cette demeure datait de l’époque étrusque, soit, un ou deux siècles avant Jésus Christ.
Il orienta la flamme vers sa gauche et tomba nez à nez avec les escaliers qui lui inspiraient tant de peur et de crainte. Son cœur s’arrêta brusquement et il cessa inconsciemment de respirer. Un poids lui compressa la poitrine. Alors qu’il expira lourdement pour se ressaisir, son souffle éteignit doucement la flamme emportant avec elle la lumière. Léon trébucha sur un morceau de bois en voulant s’écarter des escaliers. Dans sa chute, il laissa tomber son briquet. Tandis que la panique lui glaça le sang dans ses veines, une idée lui traversa l’esprit : en bas de cet escalier…
Il se releva courageusement et, après avoir trouvé son briquet à quelques centimètres de sa main, il s’avança près de l’antre qui s’enfonçait dans la terre. Les parois semblaient légèrement humides. Les marches, elles, avaient quelque chose d’effrayant et d’inhabituel.
Léon posa son pied sur la première d’entre elles et sentit que l’air s’était subitement refroidi. L’odeur était différente. Il ne savait dire si elle était agréable.
Si je trouve des vestiges de l’ère étrusque dans les sous-sols, je pourrai être reconnu dans le monde entier comme étant un grand historien…
Il contracta les poings et se décida à avancer. Après quelques marches, l’angoisse s’évacua peu à peu et Léon put continuer la descente vers l’inconnu. Soudain, il fut stoppé par un bruit qui provint de nulle part. Il se mit de nouveau à frissonner. Il tendit l’oreille pour identifier le bruit, mais sa respiration haletante l’en empêchait. Il se demanda pourquoi il avait voulu descendre si bas dans une maison abandonnée en plein milieu de l’Amazonie. C’était de la folie ! Son cœur battit à toute allure et il éprouva alors une chaleur désagréable dans son corps. Armé seulement de son briquet, il s’avança avec crainte et tremblement. Il entendit alors plus distinctement les bruits étranges et put les identifier à ceux des pas d’humain. C’était impensable !
Il y a quelqu’un ! souffla-t-il alors qu’il commençait à suffoquer de terreur. Il y a quelqu’un bordel !
Il regarda derrière lui, il fallait qu’il remonte ! Qu’est-ce qu’il allait faire s’il se retrouvait face à un inconnu caché dans les entrailles de la Terre ? Il fallait remonter, et en vitesse ! Néanmoins, son corps refusa de lui obéir, ses jambes restaient clouées sur place. La lueur de sa flamme n’éclairait que le passage devant lui, son chemin était tracé. La nature elle-même refusait de le voir remonter lâchement.
Léon se résigna alors. Une douleur terrible lui martela l’abdomen. C’était la peur ! Quand il se hasarda à avancer d’une marche, il sentit du bout du pied une masse en travers de sa route. Léon éclaira le sol et découvrit un morceau de bois assez large.
C’était une chance inespérée, il le ramassa et s’en servit pour se protéger.
Après des milliers de marches, le couloir chavirait enfin sur la droite. La fin de l’escalier se présenta à lui. Lorsque son cœur se calma, il put enfin percevoir les bruits de pas furtifs. Puis soudain, plus rien ! Comme si le mystérieux inconnu s’était subitement immobilisé à son tour… Léon était certain de ce qu’il avait entendu. Comment ce serait possible ? Comment une personne pouvait vivre ici ? Dans le noir ? C’était insensé ! Pourtant, Léon sentit sa présence, il y avait quelqu’un près de lui. La pression était trop forte, il ne pouvait plus faire marche arrière. Il se décida, tant pis s’il devait y laisser sa peau ! Il surgit d’un coup dans une nouvelle pièce pour en finir avec l’inconnu. Lorsqu’il éclaira la salle de son briquet, il fut surpris de ce qu’il découvrit ; une petite cave d’une dizaine de mètres carrés. Au centre d’elle, se tenait un pupitre qui soutenait un manuscrit. Aux côtés de ce petit meuble, Léon aperçut une autre vieille table fragile. La flamme du briquet n’éclairait pas à plus de deux mètres et l’inconnu n’était pas à portée de vue. Il s’enfonça prudemment dans la pièce, et, derrière la table, se dessinait la silhouette d’un Être Humain. Il était bel et bien là ; un Homme !

Extrait page 336 :

« La nuit était tombée doucement sur l’Amazonie et le froid se faufilait entre les branches et les lianes enchevêtrées. L’eau du fleuve coulait dans une douce mélodie et reflétait la lumière qui émanait de la Lune. Charly savait que ce n’était pas prudent d’errer aux abords du fleuve nocturne. Tout un tas de bêtes sauvages et parfois dangereuses s’y rendait pour s’abreuver. Le bas de son pantalon était déchiré, si par mégarde une tarentule lui grimpait dessus, cela pourrait lui être fatal. Cependant, Charly savait aussi que le premier radeau était dans les parages. Il voulait le récupérer, c’était là son dernier espoir de survie. Il avança prudemment à travers la nuit sombre et observa attentivement où il posait les pieds. S’il n’y avait pas eu de Lune ce soir-là, il lui aurait été impossible de voir à plus d’un mètre. La végétation était moins importante sur la rive amazonienne, ce qui laissait la lumière pénétrer plus facilement. La route était infiniment longue. Il n’avait quasiment pas dormi depuis trois jours. Sans l’eau du fleuve, il serait mort assoiffé depuis quelques heures. Quand il se décida à faire une pause, il entendit plus clairement les animaux qui l’entouraient. Dans les arbres, il percevait des grattements sur du bois et de l’autre côté de la rive, des pas lourds qui s’enfonçaient dans la terre boueuse. Il pensa alors qu’il devenait fou et que son cerveau lui jouait des tours en créant des sons étranges. Mais bientôt, il aperçut dans l’obscurité une silhouette qui s’avançait calmement vers l’eau. Ses yeux ne le trompaient pas, il y avait bien un animal devant lui, à quelques pas.
C’est… C’est un tigre ! pensa-t-il, horrifié. Mais non ! Qu’est-ce que je dis, il n’y a pas de tigres en Amérique !
Il recula doucement sans faire le moindre bruit. Tandis que l’animal avançait toujours, il jeta un regard inintéressé vers l’être humain qui marchait bêtement à reculons. Puis, il baissa sa fine tête et jeta plusieurs fois sa langue dans l’eau pour boire.
C’est un puma, se dit enfin Charly. Je n’ai rien à craindre… Il ne m’attaquera pas si je ne lui fais aucun mal…
Il recula encore et, quand il fut assez loin, il se retourna et s’échappa en courant. La jungle nocturne était terrifiante et regorgeait de dangers. Seul, il n’avait aucun moyen de se défendre. Charly pensa que s’il faisait un feu, il serait à l’abri des animaux. Dans cette obscurité, il ramassa avec difficulté deux bouts de bois et des feuilles sèches. Avec l’humidité, il dut s’écarter de la rive pour atteindre le pied des premiers arbres dont la racine était sèche. Malheureusement, ici la lumière de la Lune ne parvenait plus et il se retrouva plongé dans les ténèbres quasi-absolus. Il tapota le sol à la recherche de branches mortes et sentit entre ses doigts usés les poils d’un petit mammifère. Celui-ci, effrayé, s’échappa à toute vitesse d’entre les mains du vieillard avant de lâcher un petit couinement. Charly sursauta et se plaqua contre le tronc d’un solide arbre. Les feuilles lui tombaient sur le visage. La nuit était sans fin.
Quelle heure était-il ? Dans combien de temps le Soleil devait-il se lever ?
Un tout autre danger s’ajoutait à la jungle ; Speed rodait dans les parages. Il était armé d’un couteau. La mort de Pierre-Louis lui compressait le coeur. C’était pour lui un brave jeune homme qui ne cherchait pas la moindre histoire à quiconque. Charly ne pouvait s’empêcher de se répéter qu’il n’y avait aucune justice dans les lois de la nature.
Il respira fortement et fut persuadé que sa dernière nuit était venue. Il jura tout bas et demanda de l’aide à l’inconnu. D’un coup, des craquements de branches se firent entendre sur sa droite. Il sursauta. Les bruits se rapprochaient de plus en plus et il perçut alors une voix humaine qui chuchotait quelque chose. »

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